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Passeurs de mémoires...
Passeurs de mémoires réunit principalement des personnes issues du domaine de l’éducation formelle (enseignants, universitaires) et non formelle (animateurs, éducateurs, formateurs…) soucieuses de tirer les leçons du passé, et de lutter contre toute forme de préjugés. Créée en 2005, l’association Passeurs de mémoires a pour objet d’éditer et de promouvoir du matériel pédagogique sur tous supports (affiches, livres, films, CD-Rom, site internet…) ainsi que de créer et réaliser des activités pédagogiques sur les génocides dans l’histoire, sur les peuples victimes de génocides ou de persécutions et, plus largement, sur le racisme, l’antisémitisme et toute forme de préjugé.
photo Benjamin Barda
Nous voici au cœur du projet Amahoro Amani (la paix en kirundi et en swahili). Ce projet est né il y a deux ans, alors que la région des Grands Lacs sortait à peine d’un cycle effroyable de violences. De jeunes "Médiateurs communautaires" ont alors été formé pour aller de villages en villages tenter de régler des conflits, souvent fondés sur les différences ethniques (Hutus et Tutsis notamment). Ce sont parfois des gamins de 14 ou 16 ans qui, au Rwanda, au Congo et au Burundi, s'interposent dans des problèmes d'adultes pour tenter de les résoudre. Très souvent, ces jeunes ont eux-mêmes été réfugiés, ont perdu leur famille, ont été enfants-soldats, etc. Nous les avons rencontrés, interrogés, afin de publier prochainement leurs témoignages et leurs parcours. Pendant cinq jours, les Passeurs de Mémoires ont traversé à pied avec eux une partie du pays. Nous nous sommes rendus dans des villages de personnes déplacées, qui ont fui la guerre et dont les maisons ont été occupées depuis.
photo Benjamin Barda
La deuxième partie de notre entreprise a débuté hier. Pendant toute le semaine, nous allons animer un atelier autour de 4 figures marquantes prises dans la tourmente de
O.L.
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Chers Passeurs de Mémoires,
D’abord je voudrais vous remercier pour votre participation active aux dernières activités du projet Amahoro Amani. La possibilité d’échange, d’écoute et de parole que vous avez offert aux jeunes de la région est une contribution précieuse de tant plus qu’elle vient de l’extérieur ; souvent ici on se croie isolés et oubliés, et voir l’intérêt de jeunes étrangers représente une source d’encouragement inestimable.
De toute façon, je voudrais apporter quelques précisions à votre commentaire. Les Médiateurs Communautaires du projet Amahoro Amani sont des filles et de garçons de 15 à 25 ans ; la moyenne d’age enregistrée est de 20 ans et au Rassemblement et pendant les Caravanes de Paix il y avait une très faible pourcentage de jeunes âgés de moins de 17 ans. Leur origine est très différente et beaucoup plus variée qu’on puisse imaginer, même si les responsables du projet n’ont jamais voulu identifier les jeunes par leur origine ethnique ou sociale car ç’aurait été une aptitude contraire à l’esprit du projet même.
De plus les activités des Médiateurs ne s’adressent pas uniquement au monde des adultes mais sont visées aussi à résoudre de problèmes parmi les jeunes eux-mêmes ; l’esprit du projet est que le jeune Médiateur soit capable d’identifier les sources de conflits dans sa communauté et d’y apporter une solution à son niveau. L’échelle « communauté locale » est très variable et dépend du milieu de vie du Médiateur : il s’agit de son école, de sa paroisse, de son group d’ami, de sa famille, ou bien de son village, de sa colline, des enfants de la rue dans son quartier… Il s’agit des problèmes qui touchent la vie quotidienne des jeunes et qui peuvent être abordés à leur niveau. L’essence et la force du projet résident dans son caractère multiforme et dans sa capacité de s’adapter à la réalité (parfois très différentes entre différents villages du même pays et de la région des Grands Lacs).
Enfin, une dernière réflexion sur les possibilité de parole et communication au Burundi. Je ne suis pas burundaise et malgré je suis au Burundi depuis presque deux ans, je crois que ce soit impossible pour moi (et pour quelconque étranger) comprendre la réalité de ce pays et de tous qui ce passé ici dans les dernières décennies. Nous pouvons bien sur interpréter ce qu’on voie et ce qu’on nous raconte, mais toujours en se rappèlent que nos interprétations sont conditionnées par nos schémas mentaux et nos expériences particulières. Je crois que, en tant qu’étrangers, nous n’avons pas le droit de juger une situation qui nous dépasse par sa complexité.
Fixer la réalité dans des définitions a était peut être, et est toujours, une des sources des conflits, surtout dans les Grands Lacs…
Les blessures au Burundi sont encore trop récentes pour permettre une facilité de parole et partage ; les mots sont parfois trop durs et difficiles, la mémoire existe mais elle est encore trop vive dans la peau de gens pour se transformer en témoignage et pour être élaborée. D’ailleurs, comme vous l’avez expérimenté, beaucoup des gens ont envie de s’exprimer, de raconter et de partager. Comme nous tous avons vu, le besoin de discussion doit être aussi encouragé, et une pièce théâtrale n’ayant pas peur de prononcer de mots «interdites » provoque des débats sincères et intéressants.
Ce ne sont pas les mots « difficiles » à provoquer des pulsions meurtrières, mais plutôt la perpétration des mauvaises aptitudes de ceux qui s’obstinent à vouloir enfermer la réalité dans des définitions fictives.
Paola Cervo
Merci Paola pour toutes ces précisions qui aideront chacun à mieux comprendre l'action des médiateurs communautaires.
En effet, il y a un véritable besoin de parole et nous en voulons pour preuve les 50 heures d'entretien que nous avons ramené du Burundi. Le plus frappant, pour nous, a été le fait que certains médiateurs sont venus d'eux-mêmes nous demander de les enregistrer et nous ont raconté leur parcours, leur douloureuse histoire, leur action au sein du projet Amahoro Amani, et cela pendant une heure et demie à deux heures en moyenne. Grâce à eux, nous avons pu avoir un minuscule aperçu de l'extrême complexité historique de cette région des Grands Lacs, qui est, comme tu le dis, irréductible à nos schémas socio-politiques.
J'espère qu'à travers ce blog et au travers de nos projets à venir, nous saurons restituer au mieux leurs témoignages et participer à faire parler de cette région du monde d'une manière positive.