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Passeurs de mémoires...
Passeurs de mémoires réunit principalement des personnes issues du domaine de l’éducation formelle (enseignants, universitaires) et non formelle (animateurs, éducateurs, formateurs…) soucieuses de tirer les leçons du passé, et de lutter contre toute forme de préjugés. Créée en 2005, l’association Passeurs de mémoires a pour objet d’éditer et de promouvoir du matériel pédagogique sur tous supports (affiches, livres, films, CD-Rom, site internet…) ainsi que de créer et réaliser des activités pédagogiques sur les génocides dans l’histoire, sur les peuples victimes de génocides ou de persécutions et, plus largement, sur le racisme, l’antisémitisme et toute forme de préjugé.
Comme le rappelle
Il existe dans le processus du témoignage un personnage dont on ne parle jamais : celui qui le recueille. Qu’en est-il de ce témoin du témoin ? Dans quelle mesure sa présence permet-elle au témoignage d’advenir ?
Ainsi, celui qui reçoit un témoignage (R. Waintrater l’appelle le « témoignaire ») se sent inconsciemment chargé d’un mandat : celui de comprendre mais aussi de réparer les faillites des siens. Ce sentiment qui l’habite fait de lui un témoin du témoin. Ce rôle de sauveteur qu’il ne peut s’empêcher d’éprouver, il doit pouvoir néanmoins s’en dégager et ne pas rester sous l’emprise sidérante du récit qu’il reçoit.
Dans cette perspective, la notion de « devoir de mémoire » – apparue dans les années 80 – dénote une grande ambivalence. R. Waintrater le qualifie de « barrière de rationalisation défensive biface ». Biface en tant qu’il a permis, voire conditionné à une époque la prise de parole testimoniale : c'est en effet grâce à lui que les témoins se sont sentis autorisés à témoigner, à une époque où la parole individuelle paraissait enfin légitimée par les historiens eux-mêmes, jusque là attachés aux faits généraux et non à l’expression individuelle (car considérée comme insuffisamment fiable, certains témoignages présentant des incohérences et ne concordant pas toujours avec les faits historiques). Le devoir de mémoire a créé un horizon d’attente salutaire, une désirabilité sociale sans laquelle la parole du témoin n’aurait pu se déployer. Mais d’un autre côté, ce devoir de mémoire a contribué à imposer des formes de souvenance et une injonction à parler et se souvenir, vécue douloureusement par les témoins eux-mêmes, acculés à revisiter un passé traumatique qu’ils avaient cherché tant d’années à reléguer dans les limbes de l’amnésie. De surcroît, la nécessité du témoignage a parfois placé le témoin en position d’accusé, ce qui ne manqua pas d’avoir des effets dévastateurs pour certains : les contradictions de leur récit, inhérentes à la nature impensable d’un vécu qui imprime certaines caractéristiques à la mémoire traumatique (incohérences, oublis, confusions), générèrent chez les témoignaires une attitude de méfiance honteuse : que faire d’un récit peu vraisemblable ? Mais que faire aussi de cette mise en doute inavouable de la parole du témoin ? Entravés dans leur écoute, ils devinrent parfois sourds à ces appels à l’aide, à cette demande silencieuse d’être entendus et soutenus dans cette mise en histoire d’une mémoire capricieuse.
Sourds, muets, nous pouvons l’être nous aussi à l’écoute d’une parole inaudible sur le génocide. Lorsque la réalité s’est faite plus terrible que le pire des fantasmes, il arrive qu’elle en devienne irrecevable autrement qu’à
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