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Mercredi 1 août 2007

photo Benjamin Barda

 

Nous voici au cœur du projet Amahoro Amani (la paix en kirundi et en swahili). Ce projet est né il y a deux ans, alors que la région des Grands Lacs sortait à peine d’un cycle effroyable de violences. De jeunes "Médiateurs communautaires" ont alors été formé pour aller de villages en villages tenter de régler des conflits, souvent fondés sur les différences ethniques (Hutus et Tutsis notamment). Ce sont parfois des gamins de 14 ou 16 ans qui, au Rwanda, au Congo et au Burundi, s'interposent dans des problèmes d'adultes pour tenter de les résoudre. Très souvent, ces jeunes ont eux-mêmes été réfugiés, ont perdu leur famille, ont été enfants-soldats, etc. Nous les avons rencontrés, interrogés, afin de publier prochainement leurs témoignages et leurs parcours. Pendant cinq jours, les Passeurs de Mémoires ont traversé à pied avec eux une partie du pays. Nous nous sommes rendus dans des villages de personnes déplacées, qui ont fui la guerre et dont les maisons ont été occupées depuis.

 photo Benjamin Barda

 

 La deuxième partie de notre entreprise a débuté hier. Pendant toute le semaine, nous allons animer un atelier autour de 4 figures marquantes prises dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale : les Justes André Trocmé, pasteur qui cacha plus de 3000 Juifs dans le village du Chambon-sur-Lignon et Giorgio Perlasca, négociant italien qui imagina une formidable imposture afin de sauver près de 5200 Juifs hongrois de la déportation. Mais aussi le formidable pédagogue Janusz Korczak, qui accompagna les enfants qu’il protégeait vers la mort, et Anne Frank, dont le journal est une manifestation rare de courage et de dignité. Le fait d’évoquer des figures et des événements éloignés de la réalité de la région des Grands Lacs nous a permis de libérer une parole trop souvent étouffée. Depuis que nous sommes arrivés au Burundi, nous nous entendons répéter qu’il est impossible et dangereux ne serait-ce que de prononcer les mots « génocide », « Hutu » ou « Tutsi », qui seraient comme des vocables maléfiques libérant les pulsions meurtrières de ceux qui les entendent. C’est pourquoi nous avons voulu aborder ces notions à travers une période historique qui n’engage pas personnellement nos interlocuteurs. Or, depuis que nous sommes au Burundi, nous constatons un formidable besoin de parole de la part des jeunes, une parole non assumée par les adultes, refusée au nom de la réconciliation. Celle-ci est, à l’heure actuelle, l’impératif qui interdit tout travail d’histoire ou de mémoire. Le temps de la réconciliation est incompatible avec celui de la mémoire, et, malheureusement, avec celui de la justice. La société burundaise a besoin de panser ses plaies et, même si nous le regrettons amèrement, ne peut s’embarrasser d’un travail de mémoire qui est perçu ici comme un paradigme occidental assez récent. Pourtant, au terme de l’atelier d’hier, un médiateur rwandais vint nous remercier de lui avoir fait découvrir ces quatre destins. Il sentait que ces personnages allaient le guider dans son travail de médiation et lui permettre de se formuler certaines problématiques propres à son pays. Bien que la cohésion nationale exige de les taire, il semble que les questions mémorielles se posent avec insistance dans la région des Grands Lacs et la soif de débattre que nous rencontrons chez les médiateurs est sans doute l’indice d’une émergence de ces réflexions chez la génération montante. 

O.L. 

par Passeurs de mémoires publié dans : passeursdememoires
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